République dominicaine et réparation contre l’esclavage au centre du sommet de la Caricom

files.php

14 Etats de la Caraïbe entendent poursuivre leurs anciennes métropoles pour les génocides contre les populations indigènes et l’esclavage. La Caricom ne reviendra pas dans les discussions entre Haïti et la République dominicaine tant que la loi sur le statut des fils d’immigrants promise par les autorités de la république voisine ne sera pas publiée, telles sont deux des plus importantes décisions prises par les Etats membres de la Caricom lors du premier sommet organisé cette année par l’organisation régionale mardi et mercredi à Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

Après paiement Vous recevrez un email dans un bref délai vous informant de son activation. Prière de mentionner le numéro de référence de votre commande si vous souhaitez nous contacter à  son sujet.

La Caricom ne continuera pas de participer en tant qu’observateur dans le dialogue entre Haïti et la République dominicaine, tant que les autorités de la République voisine refuseront de promulguer la loi traitant du statut des enfants d’immigrants,  ont retenu les membres de l’organisation régionale à la clôture du sommet organisé à Saint-Vincent-et-les Grenadines.

«Nous reviendrons dans le dialogue bilatéral entre Haïti et la République dominicaine lorsque nous recevrons cette nouvelle loi », a déclaré le Premier ministre de Saint-Vincent, Ralph Gonsales, actuel président de la Communauté des Etats de la Caraïbe. Le chef du gouvernement de Saint-Vincent  a ajouté que « nous avons vraiment besoin de voir que la République dominicaine fait des progrès. Les Dominicains doivent nous montrer qu’ils font quelque chose, avant de revenir dans le dialogue ».

M. Gonzales, qui s’exprimait à la conférence de presse de clôture du sommet mercredi soir, a confié que les participants ont beaucoup discuté au sujet d’Haïti et de la République voisine.  Ces discussions se sont déroulées surtout autour de l’arrêt 168/13, qui a privé de nationalité des dizaines de milliers de Dominicains d’origine étrangère. La Caricom avait déjà suspendu,  fin 2013,  une demande de la république voisine visant à rejoindre le groupe des 15 Etats membres de l’organisation.

Le Premier ministre de Saint-Vincent, qui a toujours pris position en faveur des victimes de la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine, a ajouté : « Nous attendons avec impatience  le projet de loi que le président Medina avait promis de publier depuis le 27 février pour résoudre les graves conséquences de l’arrêt 168/13 en matière de droits de l’homme, mais nous n’avons rien vu jusque là. »

Les représentants des Etats membres de la Caricom se sont entretenus sur près de 20 points durant les deux journées de discussion. Les pourparlers ont donné lieu à des débats très houleux sur les sujets concernant la dépénalisation de la marijuana et les changements climatiques. La décision des leaders de la Caricom de demander réparation aux anciennes métropoles pour l’esclavage et les génocides des populations indigènes  est l’une des plus importantes retombées de ce sommet.

En effet, les dirigeants caribéens ont décidé d’entrer en discussion avec les dirigeants européens d’ici juin pour traiter de cette question. « Je dirais que nous avons fait de bons progrès sur cette question et, avant la fin du mois de juin, des démarches vont être entreprises dans les pays européens en ce qui concerne cette question des réparations », avait déclaré Ralph Gonsalves aux journalistes à la clôture de la première journée du sommet, mardi. Les échanges sur le sujet devraient être poursuivis lors de la deuxième journée. Les dirigeants de la Caricom affirment avoir déjà statué sur un cadre légal pour exiger les réparations.

Une majorité des pays de la Caricom concernés par cette démarche a déjà mis en place les structures devant permettre de poursuivre les anciens oppresseurs. Au moins 14 Etats membres de l’organisation ont déjà mis en place une commission nationale de réparation. C’est le cabinet d’avocats britannique Leigh Day, qui a été chargé par la Caricom à conduire la bataille juridique de la région caribéenne contre l’Europe, selon l’annonce faite par le Premier ministre de Saint-Vincent. «  Nous croyons que nous avons le droit et les faits de notre côté pour entamer le procès contre les génocides des populations indigènes et l’esclavage africain et nous ferons de ce sujet notre cause », a déclaré M. Gonsalves qui est également avocat. »

« Ces choses ne sont jamais faciles, mais il s’agit de 14 pays souverains représentant 16 millions de personnes avec une énorme diaspora aux États-Unis, au Canada, en Europe. Je pense que nous avons une certaine influence. Nous sommes convaincus que nous avons la loi et les actes de notre côté », a martelé Ralph Gonsalves.

La Caricom se dit prête à opter pour un litige si l’Europe refuse de négocier. Le Premier ministre Gonsalves, fort de son statut d’actuel président de l’organisation régionale, a confié que la conférence de juin sera une discussion réfléchie avec les Européens, ajoutant que la CARICOM espère que les Européens vont accepter d’entrer en pourparlers. « Après ces premières discussions, nous allons soumettre une demande formelle », a conclu le dirigeant caribéen.

Une décision qui n’est pas sans rappeler les démarches entamées entre 2001 et 2003 par l’ancien président Aristide pour exiger réparation et restitution de la dette de l’indépendance versée par la République d’Haïti à l’ancienne métropole française. Des démarches qui n’ont jusque-là pas abouti depuis le départ pour l’exil du président Jean-Bertrand Aristide en février 2004.

Louis Joseph Olivier

Source: Le Nouvelliste

Comments are closed.