Des dessous du périple de Martelly à Washington

Martelly et ObamaMichel Martelly jouit des bonnes grâces de Washington. C’est un secret de polichinelle. Bien avant sa réception au bureau ovale ce jeudi par Barack Obama, il y a trois ans, le destin de l’ex-chanteur populaire, candidat à la présidence, a changé, grâce à une note de presse de l’ambassade des Etats-Unis. Celle-ci avait souligné que les résultats du premier tour du scrutin  donnant Mirlande Manigat et Jude Célestin gagnants et qualifiés pour un mano a mano au second tour ne reflétaient pas la réalité du vote.

Au terme d’une agitation populaire de plusieurs jours qui a contrarié les magouilles de Inite et des pressions de la communauté internationale sur les épaules de René Préval, lâché par tout le monde, Jude Célestin a été saqué au profit de Martelly qui n’a fait qu’une bouchée de Mirlande Manigat avec seulement 700 000 voix pour devenir président d’Haïti.

A partir de ce moment, Michel Martelly a bu ses critiques contre la CIRH, remis en selle Bill Clinton qu’il a par la suite décoré. Malgré les rapports d’organismes indépendants basés aux USA, des enquêtes de journalistes mettant à nu le fiasco de la gestion postséisme, le favoritisme de l’USAID pour des compagnies du Beltway, connectées à des instances de décisions à Washington, il n’y a pas eu un changement de cap significatif. Les années ont passé, le flot de dollars a baissé et de nombreuses ONG vautours se sont délocalisées vers d’autres terrains de catastrophe.

Pour la première fois, on n’a pas osé jeter le blâme de cet échec cuisant -au regard des résultats par rapport au volume d’argent dépensé dans le désordre absolu – sur le dos des Haïtiens, d’un Etat dont les capacités n’ont pas été renforcées. En première loge et acteurs à un certain niveau, les Clinton. Un peu plus en retrait, l’ex-président républicain George W. Bush, coresponsable d’un fonds appelé Clinton-Bush. Jusqu’ici, il est difficile d’évaluer l’impact et l’efficacité des projets financés par ce fonds.

Michel Martelly, qui a par la suite instruit son gouvernement de prendre des mesures pour un contrôle plus strict des ONG, plaider pour que l’aide passe par l’Etat, est arrivé presque trop tard dans un monde trop vieux. Avec Barack Obama ce jeudi, on ne sait pas si Michel Martelly, raide comme un I, laissant par moments l’impression d’être impressionné par son homologue, a évoqué ces dossiers. Obama, heureux des « progrès réalisés en Haïti », a reconnu que le travail effectué a été lent et difficile. Beaucoup reste à faire, a-t-il dit, sans s’exprimer sur le changement ou non des paradigmes de coopération entre Washington et Port-au-Prince.

A ce niveau, il faudra attendre, prendre son mal en patience. Derrière les bonnes notes attribuées à Haïti, on ne sait toujours pas si les Etats-Unis vont finalement octroyer des appuis budgétaires au pays, favoriser un accord commercial pour que l’agriculture biologique pratiquée en Haïti puisse trouver des niches, des facilités d’exportation.

Entre-temps, les analystes n’ont que des suppositions à se mettre sous  la dent et quelques frêles certitudes. On suppose que Washington veut renforcer son influence en Haïti, tombée dans les bras du Venezuela de Chavez à cause des pétrodollars pas toujours dépensés avec sagesse. On suppose aussi que cette rencontre à la Maison-Blanche vise à soigner l’image des Clinton quelque peu écornée en Haïti. Même si cela n’aurait peut-être aucun rapport avec Hillary Clinton, pressentie comme candidate pour le Parti démocrate lors de la présidentielle de 2016 aux Etats-Unis.

Au-delà des bonnes notes qu’elle administre face à la caméra, Washington, sans être alarmiste, n’a pas pu ne pas aborder le dossier des boat people haïtiens qui meurent en tentant d’atteindre des côtes plus accueillantes des Bahamas, des Etats-Unis. C’est l’indicateur par excellence du désespoir des masses. Depuis toujours.

Cela dit, au niveau politique, Obama envoie un signal clair aux opposants qui réclament  le départ de Michel Joseph Martelly. Ce n’est pas à l’ordre du jour. Certains y verront un signe des temps ou la prédominance de la logique des intérêts quand une administration démocrate supporte un président avec qui elle n’a aucune affinité idéologique. Ce support témoigne aussi de l’aversion pour Lavalas peut-être pas assez viable.

Après ce périple, le président Michel Martelly est attendu au tournant. Il devra tenir les promesses en cette année électorale en se rappelant le sort fait à René Préval. Les pays ont des intérêts, pas d’amis. Même s’il file le parfait amour avec Oncle Sam aujourd’hui.

Roberson Alphonse

Source: Le Nouvelliste

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